Passer la navigation
Brevets, marques, dessins et modèles
Propriété industrielleBrevets et marques

Ce que protège un certificat d'utilité et quand le préférer au brevet

Ce que protège un certificat d'utilité et quand le préférer au brevet

Dix ans de monopole d'exploitation, sans rapport de recherche : le certificat d'utilité est un titre de propriété industrielle délivré par l'INPI qui protège une invention technique selon les mêmes critères que le brevet. La demande de certificat suit une procédure simplifiée, moins coûteuse pour une entreprise, et peut depuis la loi PACTE être transformée en demande de brevet.

Qu'est-ce qu'un certificat d'utilité ?

Le certificat d'utilité est un titre de propriété industrielle prévu par le Code de la propriété intellectuelle (article L611-2). Il confère à son titulaire le même droit exclusif que le brevet d'invention classique : interdire à un tiers de fabriquer, d'utiliser, de vendre ou d'importer l'invention protégée sans son accord. La seule variation, c'est la manière dont le titre est délivré et la durée pendant laquelle il produit effet.

Les conditions de fond ne sont pas allégées. L'invention doit être nouvelle, impliquer une activité inventive et être susceptible d'application industrielle. Un certificat d'utilité n'est donc pas un « brevet au rabais » pour les idées modestes : c'est un titre complet, dont la validité se juge exactement comme celle d'un brevet si elle est contestée.

Le contraste renvoie à la procédure. Pour une demande de brevet, l'INPI établit un rapport de recherche qui recense l'état de la technique pertinent. Pour une demande de certificat d'utilité, ce rapport n'est pas établi. L'office vérifie la forme de la demande, l'unité d'invention et l'absence d'exclusion manifeste, puis délivre le titre. Personne n'a comparé l'invention aux antériorités avant la délivrance.

Ce mécanisme se retrouve ailleurs sous le nom de modèles d'utilité, notamment en Allemagne, en Italie ou en Espagne. Il n'existe en revanche aucun modèle d'utilité européen unitaire : l'OEB (Office européen des brevets) ne délivre que des brevets, et une protection de ce type se demande pays par pays. Un brevet européen délivré par l'OEB ne peut pas non plus être converti en certificat français : les deux systèmes restent distincts, et l'OEB n'examine que des demandes de brevet.

Dans la pratique, les déposants français qui choisissent ce titre sont généralement des entreprises innovantes de petite taille, des artisans ou des inventeurs indépendants, pour qui l'utilisation d'un outil moins lourd que le brevet répond à une stratégie de court terme : protéger un produit le temps de le vendre ou de négocier une licence avec un client industriel.

Certificat d'utilité ou brevet : ce qui les distingue

Les deux titres partagent l'essentiel : mêmes critères de brevetabilité, même rédaction de la demande (description, revendications, dessins, abrégé), même publication, mêmes droits contre la contrefaçon. Le tableau reprend les points où ils divergent.

Point de comparaisonCertificat d'utilitéBrevet d'invention
Durée maximale10 ans à compter du dépôt de la demande20 ans à compter du dépôt
Rapport de rechercheAucunÉtabli par l'INPI, avec opinion sur la brevetabilité
Examen avant délivranceForme et exclusions manifestesForme, puis échanges sur le rapport
Coût globalPlus bas (pas de redevance de recherche)Plus élevé
Solidité face à un contrefacteurInconnue tant qu'aucune recherche n'a été menéeMieux évaluée grâce au rapport

Le point décisif est souvent le dernier. Un titre délivré sans recherche peut contenir des revendications que l'état de la technique détruit. Le titulaire ne le découvre qu'au moment de faire valoir son droit, lorsque le défendeur soulève la nullité. Avant d'assigner, le Code impose d'ailleurs de faire établir un rapport de recherche sur le certificat invoqué et de le produire dans la procédure.

Quelle est la durée de vie d'un certificat d'utilité ?

La durée de vie du certificat d'utilité est de dix ans à compter du dépôt de la demande. Elle était de six ans jusqu'à la loi PACTE du 22 mai 2019, qui l'a allongée pour rendre le titre plus attractif pour les PME. Le décret du 8 janvier 2020 (textes de loi publiés sur Legifrance, version en vigueur) a fixé l'entrée en application : l'allongement concerne les demandes déposées à compter du 22 mai 2020 et les titres encore en vigueur à cette date.

Comme pour le brevet, le maintien du titre suppose de payer chaque année une taxe de maintien. Une annuité oubliée, puis non régularisée dans le délai de grâce, entraîne la déchéance du droit : l'invention tombe dans le domaine public. Le calendrier et le fonctionnement de ces redevances sont détaillés dans notre guide des annuités et de leurs échéances.

Dix ans suffisent pour beaucoup d'innovations dont la durée de vie commerciale est courte : accessoire, outillage, amélioration d'un procédé, produit de grande consommation qui sera remplacé par une nouvelle version. Pour une technologie de rupture, une molécule ou une plateforme destinée à être licenciée pendant longtemps, la durée du brevet reste plus adaptée.

Comment obtenir un certificat d'utilité ?

La procédure commence par le dépôt de la demande à l'INPI, en ligne depuis le portail de l'office. Le dossier comporte les mêmes pièces qu'une demande de brevet : une description qui expose l'invention technique de façon suffisante pour qu'un homme du métier puisse la reproduire, des revendications qui définissent l'étendue de la protection, un abrégé et, le cas échéant, des dessins. Le déposant coche simplement l'option « certificat d'utilité » au lieu du brevet.

  1. Dépôt de la demande : la date de dépôt fixe le point de départ de la durée et sert de date de priorité.
  2. Examen de forme : l'INPI vérifie la complétude du dossier et peut notifier des irrégularités à corriger.
  3. Publication : la demande est publiée au Bulletin officiel de la propriété industrielle dix-huit mois après le dépôt ou la priorité.
  4. Délivrance : le titre est délivré sans rapport de recherche, puis publié à son tour.

La rédaction des revendications pèse autant que pour un brevet, et c'est là que le recours à un conseil en propriété industrielle garde tout son intérêt. Le texte déposé ne peut plus être enrichi ensuite : une caractéristique oubliée n'est pas protégée. Un contact avec un professionnel avant le dépôt coûte peu au regard d'un titre mal délimité. Un cabinet peut aussi aider à rechercher soi-même les antériorités dans les bases gratuites (espace de l'INPI, Espacenet de l'OEB) : cette démarche n'est pas obligatoire, mais elle est généralement nécessaire pour ne pas payer un titre fragile. Les règles applicables et les informations pratiques sont publiées sur le site de l'INPI, auprès duquel se fait l'ensemble de la démarche.

Le dépôt d'un certificat d'utilité en France ouvre, comme un brevet, un délai de priorité de douze mois pour étendre la protection à l'étranger, par exemple par une demande internationale PCT ou une demande européenne devant l'OEB. La stratégie internationale se décide donc dans l'année qui suit le premier dépôt français, quel que soit le titre choisi.

Comment transformer une demande de brevet en certificat d'utilité, ou l'inverse ?

La transformation d'une demande fonctionne dans les deux sens, avec des règles différentes.

D'un brevet vers un certificat d'utilité : le déposant d'une demande de brevet peut la transformer en demande de certificat d'utilité, notamment lorsqu'il ne souhaite pas que la recherche soit menée à terme ou lorsqu'il veut réduire ses coûts. Cette voie est aussi utilisée quand la demande provisoire de brevet, créée par la même réforme et ouverte depuis le 1er juillet 2020, n'a pas été complétée comme prévu. La demande provisoire permet en effet de prendre date avec un dossier allégé ; faute de régularisation, sa transformation en certificat d'utilité reste une possibilité ouverte au déposant.

D'un certificat vers un brevet : c'est l'apport principal de la loi PACTE. Avant elle, un certificat d'utilité ne pouvait jamais devenir un brevet. Depuis le 22 mai 2020, une demande de certificat d'utilité peut être transformée en demande de brevet dans un délai encadré par le Code, tant qu'elle n'a pas été publiée. L'entreprise peut donc déposer un certificat pour prendre date à moindre coût, tester le marché, puis basculer vers le brevet si l'innovation se confirme, sans perdre sa date de dépôt.

Une demande transformée en brevet suit ensuite le parcours normal, rapport de recherche compris. Sa lecture est expliquée dans notre page sur le rapport de recherche de l'INPI.

Quels sont les avantages du certificat d'utilité, et ses limites ?

Pour une entreprise qui dépose peu, le certificat d'utilité présente trois atouts. Le coût d'entrée est plus bas, puisque la redevance de rapport de recherche disparaît. La délivrance est plus rapide, faute d'échanges sur des antériorités. Et le titre protège pleinement pendant dix ans, ce qui couvre le cycle de vie de nombreux produits.

Ce titre sans rapport a pourtant ses revers. Sans rapport, le titulaire ignore la solidité de son titre, et un concurrent aussi : le certificat dissuade donc moins qu'un brevet accompagné d'un rapport favorable. Une action en contrefaçon exige de commander une recherche au moment du litige, souvent dans l'urgence. Enfin, le titre ne se prolonge pas au-delà de dix ans, même si le marché de l'invention dure plus longtemps.

Un exemple de calendrier

Une PME dépose en mars de l'année N une demande de certificat d'utilité pour un système de fixation. La publication intervient en septembre N+1, dix-huit mois plus tard. Si les ventes décollent entre-temps, elle peut transformer la demande en brevet avant cette publication et viser vingt ans de protection. Si le produit reste de niche, elle conserve le certificat, qui expirera en mars N+10, à condition de payer chaque annuité.

Questions fréquentes sur le certificat d'utilité

Quels textes de loi régissent le certificat d'utilité ?

Le titre repose sur les articles L611-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle, modifiés par la loi PACTE n° 2019-486 du 22 mai 2019, et sur le décret n° 2020-15 du 8 janvier 2020 qui en précise l'application. Les versions en vigueur se consultent sur Legifrance.

Un certificat d'utilité peut-il protéger un logiciel ou une méthode commerciale ?

Il obéit aux mêmes exclusions que le brevet : un programme d'ordinateur en tant que tel ou une méthode commerciale ne sont pas brevetables. Une invention mise en œuvre par logiciel qui apporte un effet technique peut en revanche l'être, sous l'un ou l'autre titre.

Le certificat d'utilité est-il reconnu à l'étranger ?

Non, il ne produit effet qu'en France. Il sert toutefois de premier dépôt et fonde une priorité de douze mois pour déposer ailleurs, sous forme de brevet ou de modèle d'utilité selon le pays.

Peut-on agir en contrefaçon avec un certificat d'utilité ?

Oui, avec les mêmes droits que le titulaire d'un brevet, mais le demandeur doit produire un rapport de recherche établi sur son titre. Les règles de l'action en contrefaçon s'appliquent pour le reste sans différence.

Derniers articles

Articles qui pourraient vous intéresser

▲